les vases communiquants

J’ai quelque chose à dire

oui vraiment j’ai quelque chose à dire

je ne sais pas si c’est important

mais c’est indispensable

et je me le raconte à moi-même

mais cela ne suffit pas

j’ai besoin de la raconter à quelqu’un

je voudrais que quelqu’un se rende compte

à quel point c’est merveilleux fantastique fascinant

à quel point c’est pertinent

à quel point la vie est faite de ces choses qui doivent être dites absolument

absolument

il me faut le dire à quelqu’un

mais je ne peux pas le dire à n’importe qui

n’importe qui n’est pas absolu

il faut quelqu’un qui puisse comprendre

quelqu’un qui ne soit pas tout entier sous le joug de principes

ces choses

ces choses

qui ne sont qu’un ramassis de prémices arbitraires utiles

que les gens prennent pour des prémices absolues inutiles

et voilà comment la pragmatique devient la morale

et la morale la pragmatique.

Mais je ne veux pas taire les liserons

il faut que je pense sans escadres

il faut que je dise sans tuteur

surtout si je vois quelque chose

de merveilleux fantastique fascinant

qui imbibe ma vue de mille découvertes en une seule

comment ainsi débordée,

devrais-je tout engloutir

tout garder en moi?

Je ruisselle

je sautille

je surnage dans l’air dense de ma métropole

si mes pieds doivent toucher terre

je ne peux pas me taire.

Il faut que je dise

il me faut quelqu’un qui comprenne

quelqu’un qui ne juge pas

mais quelqu’un qui analyse

d’aussi loin

que mes pieds sont loin du sol

et que ma tête est loin du tronc

j’ai passé en revue la liste des rares personnes avec qui je suis en intelligence

des gens qui ont ressenti comme moi certaines choses

que les hommes ressentent d’ordinaire différemment

chacun son glaçon

chacun son tison

âtres et caves froides aux hapax muraux

aspérités digitales

peintures sans datations

j’ai laissé ceux qui me jugeraient

ceux qui auraient peur

car ceux qui jugent ont peur

ils ont peur que les limites disparaissent

et toute leur vie, construisent des limites

j’ai laissé ceux-là qui me jugeraient

et j’ai pensé à toi

et j’ai su que toi seule

toi seule tu chercherais à comprendre en particulier ceci

et que tu comprendrais sans doute quelque chose

autre chose

la même chose

et je te demanderais

ce que tu comprends

et tu m’expliquerais

car j’ai besoin que l’on m’explique

quand je raconte

j’ai besoin que l’on m’explique

Nous nous sommes vues

et je n’en ai pas parlé tout de suite

il faut le temps

il faut installer la chaleur de la discussion

l’intimité

il faut supprimer un peu le contexte

pour n’être plus que deux

pour pouvoir tout recréer en dehors

tout de nos mots satellites

et creuser des silences

comme niches écologiques

il y eut de ces silences

je n’ai pas osé parler

et quand à un moment le discours s’est tari

quand nous avons senti que le moment était venu

de prendre congé jusqu’au prochaines paroles

j’ai pensé à ce que je devais absolument dire

et je ne pouvais plus le dire

j’aurais pu si

j’aurais pu

mais non

je n’était pas encore tout à fait capable

pas encore

et je t’ai salué

inexprimée

je t’ai saluée

tu m’as saluée

et à plusieurs reprises

j’avais honte de ce que je devais dire

j’avais peur encore d’être jugée

même par toi

aujourd’hui tu m’aurais peut-être jugée

tu avais l’air fatiguée

aujourd’hui

peut-être n’avons nous pas pu effacer le contexte

peut-être avons nous manqué d’intimité

je n’ai pas osé

par peur d’avoir honte

peur

honte

et nous nous sommes saluées une dernière fois

quelque chose n’a pas été dit

 

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