fumer sans feu

Je regarde ton paquet de cigarettes.
Il est là.
Toi je ne te regarde pas.
Tu n’es pas là.
Au moins tu ne m’as pas laissée en disant,
que tu allais chercher des cigarettes
sans jamais revenir.


N’empêche que tu n’es jamais revenu.
Et il ne me reste que les cigarettes.
Qu’est-ce que j’aime ces cigarettes.
Je ne fume pas.
Mais ce que je les aime.
On est pas obligé de consommer tout ce qu’on aime.
On est pas obligé d’enfumer tout ce dont on est amoureux.

Un jour j’en ai donné une à un con.
ça me turlupine.
Heureusement, je n’en ai donné qu’une.
Il me reste toutes les autres.
Une de perdue…
Je n’ai jamais su finir celui là.
Je voudrais une fin heureuse pour celui-là.
J’attends de voir ce que la vie me propose pour celui-là.
Une de perdue…
Pas facile n’est-ce pas?
C’est pour ça que la vie ne trouve pas non plus.
mais elle réfléchit.
Je lui laisse le temps.
Elle va trouver.
quelque chose de drôle et cinglant.
Une de perdue…
non ce n’est vraiment pas facile.

parfois je réfléchis un peu avec elle.
mais ça ne sert à rien.
alors on se regarde.
la vie et moi
enfin je la regarde.
et je me regarde aussi.
et puis
j’arrête de chercher
je la laisse faire.
pour ne pas la distraire
parce que ce n’est pas si facile.
une de perdue…

une de donnée.

Ah oui.
je n’y avais pas pensé.
C’est pas si mal.

Ça ne finit pas si mal.
Le problème c’est que je l’ai donnée à un con
que je n’aime pas tant que ça.
Une cigarette que j’aime tant, je l’ai donnée à un con que je n’aime pas tant que ça.

Mais quand je lui ai donnée,
je pensais l’aimer beaucoup.
Je pensais peut-être même l’aimer.
J’étais envoûtée.
Je ne le trouvais pas si con.
Je le trouvais con et envoûtant.
C’est pas comme aimer.
Mais on risque quand même de souffrir.
On risque quand même de donner des cigarettes.
Une cigarette
qu’on aime tant.

Mais quand je lui ai donnée,
je ne l’aimais pas tant que ça.
Puisque je pensais que tu allais revenir.
Je l’ai donnée à un con que je ne trouvais pas si con,
une cigarette que j’aime tant que je n’aimais pas tant.

ça change les choses le passé.
ça les change autant que le présent.

Ça valait la peine d’avoir deux temps,

un pour vivre et un pour penser.
Puisque je ne l’aimais pas tant,
puisque je ne le trouvais pas si con
puisque tu allais revenir
puisqu’il est con et que tu ne reviendras pas.

Le futur, par contre, ça ne change pas grand chose.
Tu ne reviendras pas.

Ça change pour les gens qui ont de l’espoir.

Moi j’ai de l’espoir au passé.

Ça s’appelle du chagrin.

Je voudrais je pas avoir donné la cigarette
à un con.
Je voudrais que tu ne sois pas parti.

Je voudrais que tu sois revenu.

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5 thoughts on “fumer sans feu

  1. C’est… c’est juste magnifique. Honnêtement je suis incroyablement scotchée. Le rythme est entraînent à souhait, les tournures sont belles,les répétitions parfaitement utilisées ca ne fait jamais trop lourd. Et puis l’idée, la mise en scène, les pensées qui en découlent. C’est superbe, un merveilleux poème je trouve, bravo !

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